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M. le Président Habib El Malki

Discours du président

Allocution de M. Habib El Malki, Président de la Chambre des représentants, lors de la rencontre d’information avec les ambassadeurs des pays islamiques (Adoption d’une Journée internationale de lutte contre l'islamophobie)

> 18/09/2019 Allocution de M. Habib El Malki, Président de la Chambre des représentants, lors de la rencontre d’information avec les ambassadeurs des pays islamiques (Adoption d’une Journée internationale de lutte contre l'islamophobie)

Monsieur le Directeur général de l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture,

Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi de me réunir avec vous, ici à la Chambre des représentants du Royaume du Maroc, avec toute la charge historique et la symbolique politique incarnées par ce lieu. Ma joie est d’autant plus grande que nous nous  réunissons, chers frères (et chères sœurs), autour d’une question dont la noble portée et les dimensions spirituelles, civilisationnelles et politiques servent à unir les musulmans, qu’il s’agisse des peuples, des États, des organisations politiques ou des institutions d'action islamique commune.

Permettez-moi de rappeler, tout d'abord, qu’en tant que Président de l’Union parlementaire des Etats Membres de l’OCI, j’étais derrière cette initiative des parlements islamiques, visant à décréter une «Journée internationale de lutte contre l'islamophobie et pour la tolérance et le dialogue interculturel». Cette proposition fut adoptée à l’unanimité par mes collègues, membres du Comité exécutif de l’UPCI, lui conférant ainsi un caractère institutionnel.

Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la défense de nos pays, de nos peuples et des communautés et minorités musulmanes dans les pays non musulmans. Cette revendication, entre autres questions vitales, a été au centre des délibérations de la 14ème Conférence de l'UPCI et de ses réunions parallèles, qui ont eu lieu au Parlement marocain à la mi-mars 2019 et que j’ai eu l’honneur de présider.

En application des résolutions de la Conférence générale, et lors de sa session extraordinaire tenue le 17 juillet 2019, ici même dans cette salle, le Comité exécutif de notre Union a adopté cette initiative internationale, parmi un certain nombre d’importantes décisions. Nous proposons qu’elle soit activée au niveau des Nations Unies et de ses agences spécialisées, en particulier l'UNESCO et le mécanisme des Nations Unies pour l'Alliance des Civilisations, dont le Haut Représentant est l’ancien ministre, notre ami l'ambassadeur Miguel Ángel Moratinos. Nous voulons dire, à cet égard, combien nous apprécions ses positions sensibles à la justesse des causes des musulmans, ainsi que les efforts qu’il déploie en vue d’un  rapprochement entre les civilisations et les cultures.

Il s’agit, par conséquent, de la mise en œuvre d'une résolution adoptée par 69 institutions législatives au sein des 54 États membres de l'Union. C’est dire la force, la profondeur et la légitimité représentative et institutionnelle d’une telle décision qui nous impose également un certain nombre d’obligations et de responsabilités.

Cette initiative consiste à œuvrer, à partir des Nations Unies et de ses agences spécialisées, en particulier l’UNESCO, en vue de l’adoption d’une Journée internationale de lutte contre l’islamophobie et pour le dialogue des civilisations et la tolérance. Ce serait l’occasion, pour la communauté internationale, d’appeler à la tolérance et à la coexistence, de mettre en exergue la modération de la religion islamique, et de rejeter les discours liés à l’islam et aux musulmans, qui ont puisent leurs fondements dans l’islamophobie et la peur d’autrui.

 

Monsieur le Directeur général

Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,

Nul besoin, me semble-t-il, de rappeler les raisons derrière la propagation et la montée du phénomène d'islamophobie. Si les événements du 11 septembre 2001 ont constitué l’acte terroriste qui a été mis à contribution pour propager un discours de haine vis-à-vis de l’Islam, ce phénomène se nourrit aujourd’hui d’autres événements, de flux migratoires résultant de conflits et de guerres, en particulier au Moyen-Orient, du dérèglement climatique, d’actes terroristes commis par des extrémistes, et du discours d’extrémistes et de groupes terroristes. Les musulmans sont, d’ailleurs, les principales victimes de leurs actes répréhensibles. Au sein des pays non musulmans, l’islamophobie s’est muée en une haine pour tout ce qui a trait à l’Islam et à la civilisation islamique. Elle s’est transformée en une incitation contre tout ce qui est musulman, puis en une discrimination à l’égard des musulmans dans tous les aspects de la vie, pour aboutir finalement à des actes violents et terroristes perpétrés par des fanatiques d’extrême droite contre des musulmans, comme ce fut le cas dans une mosquée en Nouvelle-Zélande, en mars dernier.

Dans un contexte marqué par une prolifération d’actes d’islamophobie, ce phénomène sert à présent à nourrir les discours politiques et à servir des objectifs de surenchère électorale. L’islamophobie dans les pays non musulmans est devenue un moyen pour remporter des élections. Il s’agit là d’une des raisons qui expliquent la montée d’un discours radical de droite, l’égocentrisme et le refus de l’autre. Les faits actuels renforcent cette tendance, élevant l’islamophobie au statut d’idéologie politique chez certains.

Les rapports annuels de l'OCI sur le phénomène de l'islamophobie, notamment son 10ème rapport couvrant la période allant d'octobre 2016 à mai 2017, font le point sur l'évolution de courants populistes et de manifestations islamophobes dans les pays non musulmans.

Bien que l’islamophobie puisse désormais prétendre au statut de «phénomène», il est réconfortant de relever qu’elle n’a pas les coudées franches, que ce soit en Occident ou en Orient. En effet, un grand nombre de penseurs, d’hommes et de femmes de conscience, de responsables politiques, d’organisations politiques ou civiques, d’institutions officielles et publiques, d’autorités publiques, y compris des tribunaux, et de décideurs politiques s’érigent contre l’intolérance et les courants xénophobes hostiles aux musulmans, adoptant ainsi des positions et des discours rationnels et mûrs, fondés sur la tolérance et l’ouverture.

C’est ce bien commun de l’humanité, fondé sur le respect mutuel et le désir de réduire les tensions et de renforcer la compréhension mutuelle, qui doit être préservé et renforcé afin de prévenir l’instabilité, de dissiper la confusion qui règne dans les médias et le débat politique sur l’islam et les musulmans. Comme Sa Majesté le Roi Mohammed VI l'a souligné en mars 2002, à Marrakech, à l'ouverture des travaux de la 107ème Conférence de l'Union interparlementaire : "Ce qui se passe actuellement dans le monde, c’est un affrontement des ignorances et des folies, et non un choc de civilisations".

 

Monsieur le Directeur général,

Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,

Nul doute que cette initiative, à laquelle les parlements islamiques ont pleinement adhéré par le biais de notre Union, offrirait, si elle devait être entérinée, l’occasion de renouveler notre mobilisation commune. Celle-ci est essentielle pour que nous puissions nous adresser à nos amis et à nos alliés, à travers des forums parlementaires ou autres, ainsi qu’à toutes les forces et personnalités éprises des valeurs d'équité, d'ouverture, de tolérance, de paix, et du désir de promouvoir le dialogue interculturel, afin de déconstruire les discours de haine et leur faire échec.

Il est certain qu’une tâche de ce genre nécessite notre perspicacité commune et notre diligence. Elle requiert que nous mobilisions les faiseurs d’opinion et les assemblées parlementaires afin de renforcer le bien commun de l’humanité, de veiller au respect des spécificités culturelles des uns et des autres, de lutter contre la confusion, délibérée ou non, entre l'Islam et le terrorisme, que l’on ne peut attribuer à aucune religion ; entre le terrorisme et l’immigration et les demandes d’asile ; entre le terrorisme et l’identité. La grande richesse de notre culture islamique, sa vitalité, son rationalisme, et ses innombrables contributions au savoir, aux sciences, à la créativité et à l’art humains montrent que nous sommes bel et bien une communauté qui a de tout temps contribué aux divers aspects de la vie, à l’interculturalité, au cycle de l'histoire et aux interactions humaines. Ce sont autant de contributions qui ont jalonné la marche de l'humanité vers les réalisations que nous connaissons d'aujourd'hui. Nous ne pensons pas que l’on puisse raisonnablement nier la contribution décisive apportée par la civilisation islamique et la créativité musulmane aux réalisations de l’humanité. En effet, qui pourrait contester la contribution cruciale à la renaissance humaine de médecins, savant et philosophes tels Ibn Rushd, Ibn Sina, Ibn Maimon, Ibn Khaldoun, Al-Khwarizmi, Al-Farabi, Al-Razi, al-Idrissi et Al-Khayyam?

A travers cette initiative - et d’autres du même genre - nous nous trouvons au cœur de la bataille destinée à corriger les fausses représentations concernant l’islam et les musulmans, qu’elles aient trait à notre religion, à notre civilisation ou à notre histoire. Il s’agit là d’un défi stratégique, pas seulement pour nos pays musulmans, mais également pour l’ensemble de la communauté internationale. En effet, nous sommes appelés à inverser les tendances fondées sur la haine, l’hostilité et la confrontation, et à promouvoir un esprit de tolérance, de coopération, de coexistence et de respect des religions, des cultures et des valeurs d'autrui. La réaction à l'extrémisme et à la violence - qu’elle soit physique ou morale - ne doit pas se faire à travers d’autres moyens extrémistes. En effet, la construction d’un avenir commun et l’instauration de la paix pour une prospérité partagée et pour l’avènement d’un monde dans lequel s’estompent l'injustice et la logique de la force, nécessitent une action durable, de la persévérance et une détermination inébranlable face aux provocations.

Nos communautés musulmanes établies en Occident, tout autant que nos intellectuels éclairés, ont fait preuve de hauteur morale et d’une grande conscience civilisationnelle en résistant aux  provocations, face aux attaques dont ils ont été victimes, ainsi qu’après chaque incident où des Musulmans ont été pointés du doigt.

 

Monsieur le Directeur général

Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,

Permettez-moi de rappeler que cette initiative s'inscrit dans le cadre d’un certain nombre de mesures prises au cours de notre présidence de l’Union, notamment la création du ‘Prix Al-Qods pour la démocratie et la justice historique’, compte tenu de la centralité de la cause palestinienne pour les peuples musulmans. Ce Prix reflète également une volonté de susciter un nouvel intérêt de la part de la communauté internationale pour la cause palestinienne, dans un contexte régional et international où cette question a fini par souffrir d’un manque de visibilité, ce qui a permis à l’occupant de s’attaquer en toute impunité au peuple palestinien. Ce Prix a également pour but de rappeler à la communauté internationale, en particulier aux assemblées parlementaires, les droits inaliénables du peuple palestinien et de mettre en exergue la justesse de la cause palestinienne et la légitimité de la lutte des Palestiniens vivant sous occupation.

C’est l’occasion pour nous de réitérer notre solidarité avec le peuple palestinien désarmé, ainsi que notre ferme condamnation de la politique des autorités israéliennes d’occupation, et les récentes déclarations du Premier ministre du Gouvernement israélien d’occupation concernant l’annexion de la Vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte.

Je compte sur votre diligence et votre professionnalisme pour informer les gouvernements de vos pays respectifs de cette initiative en vue de son opérationnalisation dans les meilleurs délais au niveau des Nations Unies et de ses agences spécialisées, en particulier l'UNESCO, dans la perspective de la prochaine session de l'Assemblée générale des Nations Unies, prévue pour la semaine prochaine. Je voudrais, à cet égard, saluer la réaction positive, rapide et proactive de l'ISESCO et de son Directeur général, Dr. Salem bin Mohammed Al-Malik, qui a soutenu cette proposition. L'Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences (ALECSO) en a fait de même.

La noblesse de ce défi nécessite une mobilisation exceptionnelle de notre part. Elle requiert que nous nous adressions à la conscience universelle, à travers les hommes politiques, les intellectuels et les faiseurs de l'opinion publique afin de réaliser cet objectif.

Je vous remercie pour votre réaction positive et rapide et vous assure de ma détermination à poursuivre notre interaction au service des questions relatives à l'Islam, aux musulmans, à la paix, à la stabilité et au développement dans le monde.

Je vous remercie.

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